En nutrithérapie, cette phrase revenait très régulièrement :
« Un bon aliment chasse un mauvais. »
Elle m’est restée. Parce qu’elle change complètement la manière d’aborder l’alimentation.
Lorsqu’on décide de mieux manger, le premier réflexe consiste généralement à supprimer. On ouvre les placards et on commence à faire la liste de tout ce qui ne devrait plus y être : le sucre, les mauvaises graisses, les produits transformés, les biscuits, le pain, les féculents…
On se retrouve face à une longue série d’interdictions. Et avec la délicieuse perspective de devoir résister, contrôler, calculer et culpabiliser au moindre écart.
Une méthode particulièrement efficace pour transformer chaque repas en examen de passage.
Et si on faisait exactement l’inverse ?
Et si, avant de nous demander ce que nous devons retirer, nous regardions ce que nous pouvons ajouter à notre assiette ?
Faire de la place à ce qui nourrit vraiment
« Un bon aliment chasse un mauvais » ne signifie pas qu’il faut distribuer des bons et des mauvais points à tout ce que l’on mange. Un aliment n’a pas de morale.
Cette phrase décrit un mécanisme très concret : lorsque l’assiette se remplit d’aliments bruts, nourrissants et rassasiants, ce qui nous nourrit moins finit naturellement par prendre moins de place.
Ajoute une belle portion de légumes. Une protéine de qualité. De bonnes graisses. Des aliments de saison, colorés et savoureux.
Le repas devient plus complet. Il apporte davantage de fibres, de micronutriments et de nutriments essentiels. Il rassasie mieux. Il donne aussi beaucoup plus de plaisir qu’une assiette construite autour de tout ce que l’on essaie d’éviter.
Ce changement ne repose plus uniquement sur la volonté. On ne passe pas le repas à lutter contre une envie ou à compter ce que l’on s’est autorisé. On donne d’abord au corps ce dont il a besoin.
Et l’équilibre commence à se créer presque tout seul.
Ajouter des légumes, même quand le plat en contient déjà
Prenons un chili con carne. Il contient des tomates, des haricots, parfois des poivrons. On pourrait considérer que la case « légumes » est cochée.
Mais pourquoi ne pas commencer le repas par une petite salade croquante, assaisonnée d’une bonne huile d’olive vierge ?
En quelques minutes, le repas gagne en fraîcheur, en couleurs, en textures et en diversité. Sans retirer une seule cuillerée de chili. Sans remplacer ce plat réconfortant par trois feuilles de laitue tristes.
Le même principe fonctionne partout :
- quelques crudités avant un plat de pâtes ;
- des légumes rôtis ou cuits vapeur avec une omelette ;
- une poignée de roquette sur une pizza à la sortie du four ;
- des herbes fraîches, des jeunes pousses ou des graines germées dans un sandwich ;
- une soupe de légumes avant un repas qui en contient peu ;
- une salade de fenouil, de chou ou de carottes pour accompagner un plat mijoté.
Il ne s’agit pas de camoufler des légumes dans tous les plats comme s’ils étaient une punition nécessaire. Il s’agit de leur donner une vraie place et de multiplier les occasions d’en manger avec plaisir.
Ajouter une protéine qui rassasie vraiment
Un déjeuner composé d’une soupe et de deux tartines peut sembler léger et raisonnable. Il peut aussi nous laisser affamés deux heures plus tard.
Avant de supprimer le pain ou de résister héroïquement jusqu’au dîner, regardons ce qui manque au repas.
Très souvent : une véritable source de protéines.
Des œufs, du poisson, des légumineuses, du tofu, du poulet de qualité ou un fromage au lait cru, selon les choix et les tolérances de chacun. La question n’est pas de charger l’assiette, mais de lui donner une structure qui soutient réellement l’organisme.
Quand le repas nourrit suffisamment, le besoin de grignoter diminue. Pas parce que l’on s’est imposé de ne plus grignoter, mais parce que l’on n’a plus faim.
La nuance change tout.
Ajouter de bonnes graisses au lieu de traquer le gras
Pendant des années, on nous a appris à alléger, dégraisser et choisir systématiquement les versions à 0 %. Cette peur du gras a produit des repas fades, peu satisfaisants et souvent compensés par davantage de sucre ou de produits transformés.
Les bonnes graisses ont pourtant toute leur place dans une alimentation ressourçante : huiles vierges de première pression à froid, avocat, olives, noix, amandes, graines, poissons gras…
Une huile d’olive parfumée transforme des légumes vapeur. Quelques noix donnent du relief à une salade. Une purée d’amandes enrichit un petit déjeuner. Une sauce au tahini rend un plat de légumes et de légumineuses réellement gourmand.
Ici encore, on ajoute d’abord ce qui nourrit, soutient et donne du plaisir. Le reste perd de son pouvoir d’attraction.
Ajouter du vrai avant de supprimer les produits transformés
Décider de ne plus acheter de biscuits ne dit pas ce que l’on mangera lorsqu’un petit creux arrivera à 16 heures.
Supprimer sans prévoir d’alternative laisse un vide. Et, lorsque la faim est là, ce vide se remplit avec ce qui est disponible.
Ajouter permet d’agir concrètement :
- avoir des fruits frais à portée de main ;
- préparer une poignée de noix ou d’amandes ;
- conserver une tartinade maison au réfrigérateur ;
- cuire quelques œufs à l’avance ;
- préparer un granola peu sucré, un houmous ou des crackers aux graines ;
- garder des légumes déjà lavés et prêts à être croqués.
Ce n’est pas l’interdiction qui change l’habitude. C’est la présence d’une option meilleure, bonne et immédiatement accessible.
Une évolution, pas un grand ménage punitif
Cette approche ne promet pas qu’un morceau de brocoli fera disparaître à jamais l’envie de chocolat. Elle ne demande pas non plus de transformer chaque repas en modèle nutritionnel irréprochable.
Elle propose beaucoup mieux : une direction.
À chaque repas, on peut se poser une question simple : qu’est-ce que je pourrais ajouter pour que cette assiette me nourrisse davantage ?
Un légume ? Une protéine ? Une bonne huile ? Des herbes fraîches ? Une portion de légumineuses ? Quelques graines ?
Cette question met immédiatement en mouvement. Elle ne culpabilise pas. Elle ne demande pas d’attendre lundi, le mois prochain ou la prochaine cure détox. Elle permet d’agir au repas suivant.
On ajoute. On goûte. On observe. On avance.
Un repas à la fois.
C’est exactement ce que nous faisons dans mes cours
Dans mes cours de cuisine à Bruxelles, je ne cherche pas à enseigner une alimentation parfaite. Elle n’existe pas — et, franchement, elle ne m’intéresse pas.
Je préfère montrer comment faire évoluer une assiette concrètement, joyeusement et progressivement. Comment préparer des légumes qui donnent réellement envie. Comment utiliser de bonnes graisses. Comment varier les protéines. Comment cuisiner des aliments bruts sans passer sa vie derrière les fourneaux.
Et surtout, comment retrouver du plaisir et de la curiosité en cuisine.
Parce qu’une habitude ne s’installe pas durablement grâce à une règle de plus. Elle s’installe lorsque la nouvelle façon de faire devient suffisamment simple, savoureuse et satisfaisante pour que l’ancienne perde naturellement du terrain.
Alors, à ton prochain repas, ne commence pas par regarder ce que tu devrais retirer.
Demande-toi plutôt : qu’est-ce que je pourrais ajouter ?
